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Bordiga Et La Passion Du Communisme 1972

Description

BORDIGA ET LA PASSION DU COMMUNISME

« La passion c'est la force essentielle

énergiquement à atteindre son objet

Les hommes sont les produits de leur époque

certains sont aptes à la représenter parce que leur pensée dans son invariance se superpose à

l'idéologie de la classe dominante οu exprime les poussées de la classe dominée,

d'autres la dominent parce qu'ils sont capables de percevoir les moments de discontinuité à partir desquels commencent les nouvelles phases du devenir d'un mode de production donné (à plus forte raison des nouveaux modes de production)

Dans le premier cas,

dans le second celle du discontinu

Dit autrement : on a la pensée traditionnelle (dans le sens non péjoratif) et celle révolutionnaire

Rares sont les hommes aptes à penser selon les deux modalités,

car il ne s'agit pas d'une dualité formant juxtaposition spatialisée

Très souvent,

la tradition pèsent comme un cauchemar sur les cerveaux des vivants et empêchent le surgissement,

l'irruption du présent et du futur

Ceci est vrai en période de calme social comme en période de secousses révolutionnaires,

la première favorisant plus l'expression traditionnaliste,

l'autre l'expression revolutionnaire

Bordiga exprima de façon parfaite les idées dominantes du mouvement communiste tel qu'il s'est développé après la révolution russe et,

il a exprimé ce que voila ce mouvement devenu diaphragme idéologique : le devenir réel,

c'est-à-dire non interprété par le bolchevisme οu le léninisme,

Mais sa lutte contre les déformations léninistes,

inhiba en définitive sa recherche

Sa volonté de ne point innover,

de prouver que tout avait déjà été explicité,

le conduisirent à rester en deçà de ses limites

Ι1 est des hommes qui font illusion parce qu'ils arrivent à se présenter comme étant plus qu'ils ne sont οu parce que les conditions historiques leur ont permis d'aller comme au-delà d'eux-mêmes en se

remplissant d'une substance qui ne leur était pas propre

Bordiga fut tout le contraire

Il s'est volontairement limité

il n'a pas produit ce qui était potentiellement en lui

C'est pourquoi son oeuvre signalisatrice du futur fut inhibée οu masquée par une espèce d'herméneutique révolutionnaire

Elle freina constamment sa volonté de définir la spécificité de l'époque où la domination du capital s'affermissait toujours plus

le caractère tragique de son existence

Cette herméneutique ne se préoccupe pas tant de mettre en évidence le sens caché de mots,

que de rétablir le lien exact entre prolétariat et théorie,

vue comme un ensemble de lois régissant le devenir de l'humanité au communisme et description de celui-ci

de balayer les faux-sens accumulés et les contre-sens qui fondent toutes les déviations de la lutte prolétarienne

Grâce à la théorie,

la conscience immédiate de la classe peut se prendre en bloc et s'enraciner pour ainsi dire instantanément

Malheureusement,

la simple herméneutique ne peut suffire quand il faut affronter la nouveauté

Là est le point difficile

Etudier cette dernière peut conduire à un enrichissement de la théorie

étant donné que c'est une personne bien déterminée qui en serait,

il y aurait encore possibilité de personnaliser et de donner un nom à un complément théorique

Il faut éliminer la personne en tant que sujet

Le parti est le seul organe qui doive et soit capable de mener à bien la tâche de clarification et d'enrichissement

C'est pourquoi estce seulement au moment où le parti communiste international prenait une certaine importance (bien que toujours fortement minoritaire) que Bordiga sortit quelque peu de son herméneutique

La meilleure manifestation de celle-ci se trouve peut-être dans sa théorisation des « produits semi-élaborés »:

« On aurait donc exposé le matériel tel qu'il était

Ceci est du reste cohérent avec notre ferme affirmation de ne rien avoir de littéraire,

de scolastique οu d'académique dans notre façon d'opérer

nous n'avons pas de schémas οu de programmes officiels et nous ne produisons pas de textes élégants et achevés,

mais nous avançons en luttant parmi les maux et les heurts

c'est pourquoi avons-nous pu les caractériser comme des produits seulement semi-élaborés et presque bruts,

qui suffiraient aux camarades pour aller de l'avant

Tout ceci est aussi cohérent avec notre doctrine pour qui le temps des découvertes et des systématisations lumineuses est celui des progressions et non celui de la torpeur grise et sinistre

nous ne prétendons rien dire de nouveau ni d'original,

mérite

révolutionnaire intégral,

bien connu et clair pour qui n'a pas été enveloppé et troublé par les fumées obcènes de la trahison

Le critère de notre conception de parti

mais s'alimente seulement de conviction obstinée et même sectaire,

imperméable aux ruffians du camp adverse

Ce critère trouve du reste un appui dans la conclusion de notre recherche qui peut être caractérisée moins comme recherche proprement dite que comme revendication et restauration d'une foi inébranlable qui

des documents et des modernisations imbéciles dont de tous côtés les charlatans nous infestent

Nous travaillons sur des fragments et nous ne sommes pas en train d'édifier une encyclopédie communiste

Ι1 ne peut en être autrement étant donné que notre oeuvre est conditionnée par l'alignement de la société ennemie et la défection décennale de troupes parmi les forces de notre camp (…) S'il fut impossible de fixer l'encyclopédie quand on était trop fort,

on ne peut pas prétendre le faire quand on est trop faible

les tables dans lesquels les textes sont fondus se réduisent à des morceaux dont la substance est rigide et puissante,

mais les développements sont parfois incomplets et discontinus

La révolution des générations à venir soudera ensemble les morceaux que nos efforts limités mais non timorés relient à la trame du cadre original déjà parfait il y a plus d'un siècle,

comme nous ne nous lasserons jamais de le répéter

» (Compte-rendu de la réunion de Florence

Première séance: construction générale du rude travail de notre mouvement

» il programma comunista

Il ne s'agit pas,

de faire une encyclopédie mais de comprendre le devenir de la société actuelle,

qui ne peut être étudié qu'avec la théorie marxiste en tant que «trame du cadre original tout en étant à même de saisir les bouleversements opérés depuis 50 ans

Ici la méthode des « produits semi-élaborés » risquerait fort de se transformer en un bricolage théorique:

faire cadrer avec la réalité

C'est pourquoi l'herméneutique devait s'avérer insuffisante

D'autre part,

la révolution a effectué sa réapparition et le moment que nous vivons est discontinu par rapport à la phase révolutionnaire de 1917-23

Le capital est allé au-delà de ses limites : K

Marx l'avait effectivement escompté,

mais non expliqué de façon exhaustive

Il y a autant de fumisteries et d'obscénités théoriques à l'heure actuelle qu'il y a dix ans,

mais l'exigence d'un travail théorique qui ose affronter le nouveau en tant que tel est plus prégnante qu'alors

Dans tous les cas il n'est pas question de découvrir une théorie nouvelle,

mais de développer celle surgie en 1848,

ce qui n'implique pas pour cela la nécessité d'exhiber un nom quelconque

En définitive,

ce discours possible en période de recul est totalement inadéquat à l'heure actuelle

L'herméneutique de Bordiga est en quelque sorte le complémentaire de sa vision prophétique (au sens littéral)

« Nous avons tant de fois crié à ces affamés de succès politiques palpables mais contingents,

que nous sommes révolutionnaires non parce que nous avons besoin de vivre et de voir la révolution en contemporains,

mais parce que nous la voyons aujourd'hui,

pour les « champs » et les « aires » d'évolution sociale dans lesquelles le marxisme classe la terre habitée,

comme un évènement déjà susceptible de vérification scientifique

Les coordonnées sûres de la révolution communiste sont

écrites,

en tant que solutions des lois démontrées,

dans l'espace-temps de l'histoire »

(Relativité et déterminisme – À propos de la mort d'Einstein in « il programma comunista » n

Invariance

Série Ι,

Défendre la théorie,

c'est défendre l'élément qui comble le hiatus créé par

le fossé entre la dernière phase

révolutionnaire et celle à venir

C'est pourquoi cette apostrophe fait écho à une affirmation de 1960:

« Est révolutionnaire

(Le texte de Lénine sur l'extrémisme,

maladie infantile du communisme

« il programma comunista » n

Et à celle de 1952:

« En conséquence le problème de la praxis du parti n'est pas de savoir le futur,

mais de « conserver la ligne du futur de sa propre classe »

(Propriété et capital Prometeo

Série II page 126

Par son herméneutique et par son prophétisme,

Bordiga affirme donc le haut potentiel révolutionnaire de la classe au moment de sa dernière grande lutte

Il s'agit de le conserver et,

il faut rappeler à la classe sa mission et simultanément la critiquer de façon virulente parce qu'elle a accepté la direction de chefs pleutres,

traîtres et qu'elle se vautre dans le mercantilisme et dans l'immédiatisme de cette « sordide civilisation des quiz »

cette classe qui ne réagit plus,

de la moindre indignation révolutionnaire,

qui laisse en quelque sorte assassiner,

abrutie qu'elle est par un culte de Mammon intériorisé

On est plus οu moins prisonnier de la cause qu'on embrasse

Elle libère et enchaîne,

Chez Bordiga,

la vieille «problématique» du parti se plaque sur l'ample vision du parti en tant que classe,

sur celle des multitudes humaines entrant en révolution sans faire appel à aucun grand homme,

οu messie,

Toute révérence quelle qu'elle sait,

la victoire est impossible sans redressement total

Il y a donc chez Bordiga des irruptions visionnaires du futur,

il y a perception de la totalité des hommes,

d'où son discours multiforme et torrentiel

D'où aussi son utilisation d'une langue non expurgée,

Ι1 emprunte une foule de mots,

aux différents dialectes italiens afin de rendre plus prégnant son discours de même qu'il parsème ses écrits de locutions étrangères qui expriment de façon plus claire ce qu'il veut expliquer et incarnent mieux sa pensée qui est celle d'un être qui échappe encore en partie au despotisme linguistique du capital :

« Ils peuvent incliner leurs fronts incapables de rougeur vers la même bergerie,

les faux porte-parole du prolétariat moderne qui ont jeté

par-dessus bord les vérités qui,

chez un Münzer avaient la puissance de faire entrevoir un K

Engels,

Lénine

Ces vérités de doctrine et de vie,

sont la guerre de classe et l'extermination de l'oppresseur,

la dictature du parti des opprimés,

le cycle magnifique qui νa de la foi (étape non inutile il y a deux mille ans) à la Raison (étape non inutile il y a deux siècles) à la force de classe qui vainc le savoir de la classe des tyrans modernes,

Plus que la foi du Moyen-âge et que la raison des révolutions libérales devra vaincre la dictature des ignorants et des miséreux qui se leva lumineuse au temps de Lénine lors des conciles de la révolution communiste

) Nous n'avons pas de préférence partisane pour le laïcisme contre le cléricalisme papal

Nous prenons seulement acte du passage historique de la foi à la raison

Mais nous souhaitons et prévoyons aussi la déroute de la raison scientifique,

abjecte simonie de la forme capitaliste,

et nous crions au prolétariat,

dans cette atmosphère sinistre: Ni foi chrétienne,

mais dictature de ta force vierge et brute qui libérera un jour l'homme de la dictature de toutes les ténèbres

Après sera la lumière

» (L'idiote époque frontiste « il programma comunista » n

« Les ouvriers vaincront s'ils comprennent que personne ne doit venir

L'attente du Messie et le culte du génie,

concevables pour Pierre et Carlyle,

une misérable couverture d'impuissance

La révolution se relévera terrible,

In Invariance série Ι

Bordiga cherche toujours un appui chez K

Marx et veut chaque fois prouver que celui-ci a mieux traité telle question particulière qu'il est en train d'affronter

Il ne consentit à apporter que des améliorations : en ce qui concerne les 3 cas du chapitre XVII du livre Ι du Capital,

la conclusion de ce premier livre que Bordiga considérait se trouver en fait à la

!in du chapitre ΧΧΧΙΙ avec la fameuse phrase sur l'expropriation des expropriateurs,

la symbolique mathématique rigoureuse afin de mieux exposer l'oeuvre de K

La volonté de cohérence opère parfois comme une inertie

Le discours se clôt sur lui-même afin de rattrapper son point de départ et y inclure les différentes parties de telle sorte qu'elles soient rendues compatibles avec le tout,

Le discours n'est plus ouvert et il y a comme une peur de l'errance

Cependant par cette herméneutique,

il y eut possibilité de maintenir le discours théorique

Le développement impétueux du capital devait obliger Bordiga ά aller à l'encontre de ces positions

A partir de 1957,

à la suite de la

découverte des Grundrisse et des Manuscrits de 1944,

surtout des travaux préparatoires,

découverte faite par l'entremise de R

Dangeville qui,

ainsi que celui d'avoir traduit les Grundrisse en français,

même si la traduction laisse trop souvent à désirer),

se posait la non fermeture du discours de K

Dans les textes sus-indiqués apparaissent en effet des thèmes qui n'avaient pas été traités οu tout juste abordés dans l’oeuvre jusqu'alors connue de K

Le défi du capital à la même époque,

lors du lancement du Spoutnik,

sa volonté de résoudre les difficultés de son procès de vie dans un indéfini réalisé en s'échappant de l'attraction terrestre,

de la pesanteur humaine qui le limitent,

conduisirent Bordiga à dépasser son approche quelquefois scientiste et trop rigide des questions

I1 nous faut donc saisir ce révolutionnaire,

cet homme de parti dans sa liaison avec le futur,

car plus que tout autre il vécut de celui-ci et pourtant,

il fut responsable d'une survie d'un passé mystificateur,

« Le marxisme est justement,

L'utopisme dans son sens rigoureux n'est pas une prévision du futur mais une proposition en vue de modeler le futur »

(Russie et Révolution dans la théorie marxiste

in « il programma comunista » n

démonstration magistrale de son affirmation en ce qui concerne la prévision de la révolution russe

« Quand la grande révolution bolchévique vainquit,

la plupart des vieux camarades et des néophytes,

les seconds enclins à l'enthousiasme,

n'hésitèrent pas à dresser des louanges,

tout en étant convaincus que les affirmations théoriques du vieux K

Marx et du vieil Engels avaient reçu un coup terrible

«Nous sommes,

dans la gloire de l’évènement victorieux qui fit trembler dans,

ses fondements le monde capitaliste,

ne virent que lumineuse confirmation d'une doctrine complète et harmonieuse,

« Après plus de trente ans remplis d'évènements difficiles et moins propices à l'enthousiasme révolutionnaire le colosse mondial du capitalisme ayant résisté à la secousse du sous-sol et dominant encore après la deuxième et la plus bestiale guerre mondiale,

en revoyant le cours âpre et difficile à interpréter et en le liant

nous nous sentons cent fois plus certains d'une confirmation de fait de la doctrine,

plus certains de ne pas avoir mâchonné de sots,

hâtifs,

lâches démentis à cette ligne inflexible qui,

une fois trouvée et acceptée,

ne peut être déformée sans trahir »

C'est une longue attente qu'il prévoyait pour la révolution à venir

En 1957,

lors du 40ème anniversaire de la Révolution d'Octobre « 7 novembre 1917-57 : Quarante années d'une organique appréciation des évènements de Russie dans le dramatique développement social et historique international »,

il pronostiquait une phase révolutionnaire pour 1975

En 1958,

« Il est absolument évident que nous ne sommes pas à la veille de la 3ème guerre mondiale,

ni à celle de la grande crise d'entre les deux-guerres qui ne pourra se développer que dans quelques années,

quand le mot d'ordre de l'émulation et de la paix aura dévoilé son contenu économique : marché mondial unique

La crise n'épargnera,

« Une seule victoire est aujourd'hui concevable pour la classe travailleuse: celle doctrinale de l'économie marxiste sur l'économie mercantiliste commune aux Américains et aux Russes

« Dans une seconde période,

la tâche consistera pour le parti marxiste mondial en la victoire d'organisation,

en opposition aux schémas démopopulaires et démoclassistes

« C'est seulement dans une troisième phase historique (l’unité de temps ne pouvant pas être inférieure à un quinquennat) que la question du pouvoir de classe pourra être remise sur le tapis

Dans ces trois étapes,

le thermomètre sera la rupture d'équilibre,

(« Le cours du capitalisme mondial dans l'expérience historique et dans la doctrine de Marx »

« il programma comunista »,

Ceci exprime à la fois la puissance et,

les limites de la pensée théorique de Bordiga

Les limites parce que le déroulement de la révolution est encore conçu selon la vieille perspective et,

se ressent d'une délimitation non rigoureuse: il n'y a pas d'économie marxiste (malheureusement,

on retrouve cette expression assez souvent chez Bordiga,

même dans des textes de grande valeur tels que Eléments d'économie marxiste) il y a une critique de l'économie politique,

La puissance c'est d'avoir individualisé les point faibles déterminants du système capitaliste mondial et d'avoir discerné la tendance essentielle du capital: la formation d'un marché mondial,

à l'heure actuelle,

que celui-ci ne se présente plus sous une forme purement matérielle,

mais sous la forme difficilement saisissable du capital fictif qui investit non seulement l'aire occidentale,

plus des pays de l'Est et tend à englober la Chine

Nous avons reporté cette prévision dans notre tract diffusé en mai 1968: L'être humain est la véritable Gemeinwesen de l'homme pour deux raisons: 1° parce que 1968 ouvre bien la nouvelle phase révolutionnaire,

2° parce que,

Bordiga n'a pas reconnu l'émergence de la révolution

L'impossibilité où il se trouva de la percevoir découle de sa vision même du déroulement de la reprise révolutionnaire

C'est surtout

«le second temps » qui pâtit le plus de la conception ancienne: il faut une avant-garde même si on ne lui donne pas ce nom

On perd de vue que le parti c'est la classe qui se conslitue en parti

Les organisations qui se veulent structure d'une conscience,

οu bien être les défenseurs d'une théorie restaurée finissent toujours par être dépassés et deviennent des obstacles au mouvement révolutionnaire

Nous utilisâmes cette citation afin d'affirmer un élément de continuité dans la discontinuité opérée par mai

On avait pu avec Bordiga délimiter de façon correcte les points fondamentaux de la reprise,

envisager le moment de sa manifestation,

mais le poids du passé avait empêché qu'on pense ce moment de la révolution dans sa réalité nouvelle

Le mouvement de mai était nécessaire pour foutre aux orties les vieilleries sur l'organisation et faire réflexion même au niveau de la rigueur du langage,

En mai 1968,

ce fut l'émergence du communisme,

la manifestation anonyme de la révolution en dépit de toute l'agitation récupératrice des groupuscules qui se trouvaient en dehors du phénomène,

même si elle emprunta des discours non adéquats

parce que non expurgés des antiques croyances démocratiques

L'explosion de mai fut affirmation d'un rejet total de la société du capital et un appel à une affirmation des hommes,

un élancement vers une autre communauté

Ainsi beaucoup d'affirmations-revendications de mai 1968 : fin de la politique,

destruction de toute séparation,

refus du militant-esclave et martyr (nous n'avons aucun mérite disait souvent Bordiga) étaient présentes dans le discours de ce dernier,

mais elles étaient soustendues par une vision passéiste

le lien entre ces affirmations du futur et la praxis du moment

se faisait au travers d'un schéma dépassé de la révolution qui reprenait en les glorifiant de façon acritique toutes les données de la révolution de 1917

d'où leur immersion et leur inefficacité qui permit leur négation de la part des épigones du parti communiste international

L'important c'est cette affirmation du futur,

cette non-acceptation de la défaite qui ne peut être réelle que parce que cette dernière a été reconnue en tant que telle

Cette certitude de l'avenir découle de la perception

révolutionnaire futur ne fera que permettre un épanouissement de ce devenir et lui donnera une effectuation

La plupart des révolutionnaires ne le sont que par la révolution elle-même,

ils sont son incarnation immédiate,

οu bien ils sont personnification d'un discours sur la révolution

En règle générale,

ils pensent le communisme comme quelque chose se situant obligatoirement au-delà d'un moment particulier : la révolution

Ce qui importe alors,

c'est cette dernière et non le communisme

Celui-ci permet seulement de porter détermination à la révolution et éviter la confusion avec d'autres

Pour Bordiga,

la révolution étant le heurt entre deux formes de production : le mode de production capitaliste et le communisme,

c'est par rapport à la totalité de la nouvelle forme sociale qu'il faut se situer

dans les limites où cela était possible à l'époque où il

Être humain c'est-à-dire ici homme de parti,

d'un parti dont le programme est le communisme

Nous voulons seulement présenter

affronter la déterminité fondamentale : son rapport au communisme

Bordiga a dit et écrit au sujet de K

Marx et de F

Engels que toute leur oeuvre avait été lutte pour et description passionnée du communisme

contre toutes les affirmations selon lesquelles K

Marx aurait seulement décrit le capitalisme dans sa phase libérale (jargon de ces messieurs

C'est l'élément fondamental,

celui par lequel Bordiga est toujours actuel,

Ceci n'élimine pas les autres aspects passéistes et participant de toutes les préoccupations erronées d'une époque historique désormais révolue

Cependant si cette affirmation est valable pour toute la durée de sa vie,

elle n'acquiert toute sa validité qu'assez tard et ceci est lié au développement même du mouvement prolétarien

Avant 1914,

on ne trouve pas d'analyses remarquables de la part de Bordiga sur le communisme

régénérer le parti : lutte contre le bloccardisme,

Avec la révolution russe et le surgissement des soviets s'affirme la thèse anti-gestionnaire : le socialisme est la destruction des limites de l'entreprise,

et son implication immédiate : il ne s'agit pas de créer des conseils de fabrique qui se modèlent en quelque sorte sur les formes d'organisation économique du capital,

mais il faut une organisation,

qui les nie : le parti politique de classe

« Soutenir comme le font les camarades de l’Ordine Nuovo de Turin que les conseils ouvriers,

avant même la chute de la bourgeoisie,

des organes non seulement de lutte politique mais de l'organisation économico-technique du système communiste,

est en outre un pur et simple retour au gradualisme socialiste

Qu'il s'appelle réformisme οu syndicalisme,

il est défini par l'erreur de croire que le prolétariat puisse s'émanciper en gagnant du terrain dans les rapports économiques,

tandis que le capitalisme détient encore avec l’État le pouvoir politique »

(Pour la Constitution des Soviets en Italie

In « il Soviet » n° 1

Ici s'affirme un invariant de la pensée de Bordïga,

l’antigradualisme : la révolution se présente comme une catastrophe pour le mode de production en vigueur

Ceci s'accompagne du rejet de tout concrétisme qui est en fait le piège dans lequel sont pris ceux qui croient pouvoir emprunter des raccourcis historiques et éviter la catastrophe

«L'effort éprouvant pour demeurer fidèle à la dialectique marxiste implacable du procès révolutionnaire a souvent cédé aux déviations à travers lesquelles l'action des communistes s'est égarée et émiéttée dans de prétendues réalisation concrètes et dans la surestimation d'activités spéciales,

οu d'institutions particulières,

qui devaient constituer un pont vers le socialisme et non un saut effrayant dans l'abîme de la révolution,

la catastrophe marxiste d'où devait surgir la rénovation de l'humanité

« Le réformisme,

le coopérativisme n'ont pas d'autres caractères

« Les tendances actuelles selon lesquelles certains maximalistes,

devant les difficultés de destruction du pouvoir bourgeois,

cherchent un terrain de réalisation,

à rendre technique leur activité,

ainsi que les initiatives qui surestiment la création anticipée d'organes de l'économie future tels les comités d'usine,

tombent dans les mêmes erreurs »

(« Les buts des communistes » in « il Soviet »

Durant toute cette période son activité est orientée vers la formation du parti qui doit intervenir directement dans les luttes en cours soit pour la révolution en Italie,

soit pour le soutien de la révolution russe

Sur le plan théorique,

il y a défense de cette dernière en même temps qu'un essai de fonder ce qu'est le mouvement en occident

La question du communisme est abordée de façon indirecte,

par exemple lors de la critique d'un livre de Graziadei,

dans l’Ordine Nuovo de 1924,

et 6: « La th éori e de la plu s-val u e de Karl K

base vi ve et vi tale du communisme »

Οu bien en tant que tactique vis-à-vis du mouvement paysan

agraire de 1921 où est envisagé le problème de la

transformation socialiste de l'agriculture

On y trouve des considérations fort importantes en la matière,

mais il n'y a pas de véritable description de la société communiste

On en reste aux rapports sociaux génériques,

mais on ne voit pas toutes les transformations qui affectent les hommes

C'est après la fin de la 2nde guerre mondiale que Bordiga affronte de

façon plus détaillée la périodisation post-capitaliste et qu'il essaie de définir de façon plus incisive ce qu'est le communisme

«Faisant un bond par dessus tout le cycle,

le communisme est la connaissance d'un plan de vie pour l'espèce

C'est-à-dire pour l'espèce humaine

» (Propriété et capital

série II p

Bordiga y réaffirme une autre constante commune à K

Marx et ά tous ceux qui opèrent à l'aide de la théorie produite par ce dernier

« Notre formule est : abolition du salariat

nous avons démontré que celle de : abolition de la propriété privée des moyens de production,

« Le socialisme est tout dans la négation de l'entreprise capitaliste,

non dans sa conquête de la part du travailleur

» (Ibid

Prometeo

1° série

Puis de nouveau la polémique au sein du parti communiste internationaliste au sujet de la nature sociale de la Russie,

oblige à reprendre la succession des stades entre capitalisme et communisme donnée par K

Marx dans la critique du programme de Gotha

Cependant,

il y a quelque chose de plus à ce moment-là : un essai de prendre en considération le développement exceptionnel du capital depuis le début du XXème siècle

c'est-à-dire destination d'une partie plus réduite du produit aux biens instrumentaux

jusqu'à la disparition du salariat,

de plus fortes paies pour un temps de travail inférieur

au moins à la moitié des heures actuelles,

en absorbant le chômage et les activités antisociales

à l'aide d'un plan de sousproduction qui la concentre dans les domaines les plus nécessaires

contrôle autoritaire des consommations,

en combattant la mode publicitaire pour celles qui sont nuisibles et néfastes

abolition des activités assurant la propagande d'une psychologie réactionnaire

pour leur substituer l'alimentation sociale des non-travailleurs à partir d'un niveau minimum

comme point de départ vers la distribution uniforme de la population dans les campagnes

Rέduction de la vitesse et du volume du trafic en interdisant celui qui est inutile

contre la spécialisation professionnelle et la division sociale du travail

d'information et les réseaux de spectacles et de divertissements

» (Compterendu de la réunion de Forli 28-12-1952 : le programme révolutionnaire immédiat

Invariance n° 3

La publication du texte de Staline « Les problèmes économiques du socialisme en URSS » fut de nouveau l'occasion d'une redéfinition des différents stades

Ι1 n'y a pas de grandes variations par rapport au compte-rendu de la réunion de Naples du ler septembre 1951 (Leçons des contre-révolutions,

« Nous concluerons l'argumentation économique par une synthèse des stades de la société future,

car c'est une question dans laquelle le « document » de Staline apporte quelque confusion

« France-presse » l’a accusé à ce sujet d'avoir plagié l'écrit de Nicolas Boukharine sur les lois économiques de la période de transition

En réalité,

Staline cite plusieurs fois cet écrit,

se prévalant même d'une critique qu'en fit Lénine

Chargé de préparer le programme de l'Internationale communiste,

resté par la suite à l'état de projet,

Boukharine eut le grand mérite de mettre au tout premier plan le postulat anti-mercantiliste de la révolution socialiste

dans l'analyse de la période de transition en Russie,

reconnaissant qu'il fallait subir,

des formes mercantiles lors de la dictature du prolétariat

Tout devient clair si l'on relève que ce stade analysé par Lénine et Boukharine précède les deux stades de la société communiste dont parle K

Marx et dont Lénine donne une magnifique illustration dans un chapitre de l'«Etat et la révolution »

Le schéma suivant pourra récapituler le difficile sujet du dialogue d'aujourd'hui :

Stade de transition : le prolétariat a conquis le pouvoir et doit mettre les classes non prolétariennes hors la loi,

justement parce qu'il ne peut pas les « abolir » d'un seul coup

Cela signifie que l’Etat prolétarien contrôle une économie dont une partie,

connaît la distribution mercantile et même des formes de disposition privée du produit et des moyens de production (que ceux-ci soient concentrés οu éparpillés)

Economie non encore socialiste,

économie de transition

Stade inférieur du communisme,

οu si l'on veut,

La société est déjà parvenue à la disposition des produits en général et elle les assigne à ses membres au moyen d'un plan de « contingentement »

L'échange et la monnaie ont cessé d'assurer cette fonction

On ne peut concéder à Staline que l'échange simple sans monnaie,

mais toujours selon la loi de la valeur,

puisse être une perspective d'acheminement au communisme

cela représenterait au contraire une sorte de rechute dans le système du troc

L'assignation des produits part au contraire du centre et s'effectue sans équivalents en retour

Exemple : lorsqu'une épidémie de malaria éclate,

on distribue de la quinine gratis dans la zone sinistrée

à raison d'un seul tube par habitant

A ce stade non seulement l'obligation au travail,

mais un enregistrement du temps de travail fourni et le certificat attestant cette fourniture,

c'est-à-dire le fameux bon si discuté depuis un siècle,

Le bon possède la caractéristique de ne pas pouvoir être accumulé

Toute tentative de le faire entraîne la

perte d'une certaine quantité de travail sans équivalent

La loi de la valeur est enterrée (Engels : la société n'attribue plus de « valeur » aux produits)

Stade du communisme supérieur que l'on peut aussi appeler sans hésitation plein socialisme

La productivité du travail est devenue telle que ni la contrainte,

ni le contingentement ne sont plus nécessaires (sauf cas pathologiques) pour éviter le gaspillage des produits et de la force humaine

Á chacun liberté de prélèvement pour sa consommation

Exemple : les pharmacies distribuent gratuitement et sans restriction la quinine

Et si quelqu'un en prenait six tubes pour s'empoisonner

? Ι1 serait évidemment aussi stupide que ceux qui confondent une infecte société bourgeoise avec le socialisme

A quel stade Staline est-il arrivé

Ι1 n'en est pas au stade de transition du capitalisme au socialisme,

mais celui de la transition au capitalisme

Chose presque respectable et qui n'a rien d'un

!» (Dialogue avec Staline » in « Programme communiste » n° 8

I1 y a une certaine absurdité à polémiquer avec Staline,

à la suite de la défaite de la révolution,

n'avait pas acquis le droit de faire ce qu'il voulait de la théorie

seule une lutte victorieuse pouvait la rétablir

Il est vrai que réfuter Staline pouvait être utile pour réaffirmer les données fondamentales non falsifiées de la théorie

La réfutation de Staline est donc un chapitre de l'herméneutique de Bordig

il fallait d'autre part situer la nécessité de la mystification et sa caractéristique

Cependant il ne pouvait pas ne pas poser la question : comment était-il possible que toute une nation dût se mettre à tricher avec la théorie marxiste et,

Marx avait envisagé au XIXème pouvait être encore en tous points valable

la société n'était-elle pas plus mûre

Ultérieurement Bordiga devait délaisser cette polémique

de l'absence de tout mouvement révolutionnaire en dehors de quelques rares groupes

Cependant vis-à-vis d'autres courants la polémique avait depuis longtemps cessé

Elle se referma dès lors sur elle-même

d'où le discours devenu dialogue où l'auteur ne dévoile pas son contradicteur

Pas de personnalisme

! Bordiga se disait contre la polémique

mais pour la dépasser il aurait fallu fonder quelque chose qui soit discontinuité,

créer un domaine que l'adversaire puisse difficilement aborder parce que c'est celui investi par le communisme

ceci fut tenté et contribua à un certain dépassement de

La polémique intériorisée fut souvent justification à usage interne

La gauche n'est pas un simple mouvement culturel,

position vis-à-vis des syndicats)

Ceci se rapporte fondamentalement à O

de même que ce qui concerne le congrès de Bologne,

il y avait la nécessité de se distinguer de la gauche germanohollandaise,

C'est à cela qu'on doit des remarques οu des prises à partie qui sont incompréhensibles pour qui ne connaît pas toutes les vicissitudes de la gauche italienne et de Bordiga

Il est un point cependant où réellement la polémique n'est pas intériorisée,

où il y a manifestation non entachée d'une quelconque justification,

c'est lorsqu’il s'agit du communisme

Dans le «

Dialogue avec les morts » l'étude des phases post-

capitalistes n'est pas reprise

Mais c'est à partir du moment de la parution de ce texte qu'est mis au premier plan le théorème suivant : on ne construit pas le socialisme

Ι1 ne s'agit plus dès lors de réfuter Staline οu ses successeurs en répondant négativement à la question : le socialisme existe-t-il en URSS

? mais de détruire la base même de cette question

Construire le socialisme est une affirmation de pur style utopiste qui évoque irrésistiblement les diverses propositions de construire la cité radieuse

Elle imlique un plan préétabli

conçu et connu uniquement de quelques chefs,

En réalité le communisme se développe à partir des éléments qui existent déjà dans le mode de production capitaliste et seule l'activité des prolétaires abattant le capitalisme,

permettra le devenir du communisme vers sa plénitude

Le parti,

est dans ce courant une force qui guidé

il dirige un procès qu'il n'a pas créé et surtout il s'oppose aux directions qui voudraient faire dévier la généreuse force du prolétariat

C'est a partir de 1957,

en particulier lors de la réunion de Paris dont le compte-rendu fut publié sous le titre Les fondements du communisme révolutionnaire dans l'histoire de la lutte prolétarienne internationale et lors de l'étude de la polémique russo-yougoslave que ceci sera encore plus clairement énoncé

Dans le premier texte sus-nommé,

Bordiga reprend en quelque sorte ce qu'il a toujours affirmé contre les diverses voies d'accès au communisme

on y retrouve écho de ses articles de 1920 au sujet des soviets,

de ceux rédigés contre la politique de fonder l'activité révolutionnaire sur la base de l'entreprise (lors de la balchévisation de l’I

): « les organisations économiques du prolétariat esclave sont de pâles substituts du parti révolutionnaire »:

« La bête,

ce n'est pas le patron qu'elle a à sa tête

Comment écrire les équations économiques entre entreprises,

surtout quand les grandes étoufferont les petites

comment le faire entre des entreprises dont les unes se sont emparées de dispositifs à basse productivité et les autres à haute productivité,

entre celles utilisant des instruments productifs » conventionnels « et celles utilisant l'énergie nucléaire

érigé,

sur un fétichisme de l'égalité et de la justice entre les individus et sur une horreur bouffonne du

de l'exploitation et de l'oppression,

leur serait au contraire un milieu de culture encore plus favorable que la société civile habituelle

» (Invariance

La découverte des Grundrisse et des Manuscrits de 1844 marqua avons-nous dit un moment important dans l’oeuvre de Bordiga

Cependant 1à encore il ne νa pas aller réellement au-delà d'une herméneutique

Il réfute ceux qui pensent que le développement de l'automation est une négation en acte de la théorie de la valeur de Μ a rx

Cependant il ne tire pas toutes des conséquences logiques de l'affirmation que le temps de travail vivant tend a toujours plus diminuer dans te mode de production capitaliste,

que l'activité de l'ouvrier devient presque superflue

Ι1 en déduit simplement que « doctrinalement » la valeur a été détruite avant qu'elle ne le soit effectivement lors de la lutte armée dans la révolution de demain

Marx qui ont trouvé une vérification à l'heure actuelle dans les zones capitalistes les plus développées du globe impliquent que du jour au lendemain il est possible de détruire réellement la valeur

Cela pose aussi la question de la nature du travail productif en société actuelle,

le rôle du prolétariat dans sa configuration classique,

une modification des stades post-capitalistes tels que K

Marx les avait définis dans la critique du programme de Gotha pour une époque où le mode de production capitaliste était loin d'avoir accompli ce qu'il a réalisé aujourd'hui

La démonstration de Bordiga est de faible amplitude en ce sens qu'elle vise à montrer que le prolétariat n'a aucune raison de rejeter sa théorie,

puisqu'elle est absolument vérifiée

Il ne se préoccupe pas assez du devenir total du capital et du communisme qui lui est lié

Plus en profondeur c'était le moment de délimiter le réformisme révolutionnaire de K

Marx qu'il avait pourtant évoqué à propos de la loi réglementant la journée de travail au XIXème siècle

Marx et pour laquelle il pensait que le prolétariat devait lutter avec acharnement

Définir 1ε réformisme révolutionnaire de K

Marx revient à poser celui du prolétariat

Ce réformisme était valable tant que le capital n'avait pas parachevé sa domination réelle

En effet,

qu'est-ce que cela veut dire lutter pour la réduction de la journée de travail,

considérer que le socialisme c'est la diminution draconienne de la durée de celle-ci lorsque le capital jette les ouvriers sur le pavé οu qu'il crée des travaux artificiels non créateurs de plus-value et à la limite ne la réalisant même pas

étant seulement nécessaires pour maintenir le travail en tant que coercition

Le capital a désintégré la journée de la vie de l'homme

il s'agit de la refaire en dehors du capital

De plus cette détermination de la journée de travail n'existe que parce qu'il faut mesurer l'activité humaine

de socialisme est desiruction d'une telle mesure,

le capital ne peuvent exister sans cela

Ceci ne postule en aucune façon qu'il faille invectiver les prolétaires qui revendiquent une diminution de la journée de travail οu de la vie de travail,

ce serait demander que cesse la contradiction du capital : sa tendance à ne pas pouvoir se passer des hommes et en même temps à diminuer le temps de travail inclus dans une marchandise-capital

Une telle revendication est toujours une atteinte au capital bien qu'elle puisse être de plus en plus résorbée dans le réformisme de celui-ci qui parvient à restructurer la semaine de travail et à répartir autrement le travail entre les différents composants de la société

A l'origine,

une telle revendication aboutissait à un renforcement de l'unification de la classe et obligeait

à accroître les forces productives en stimulant le machinisme

Il apparaît désormais qu'on ne puisse plus considérer le mouvement vers le socialisme à partir des stades indiqués par K

Ι1 faut individualiser comment le capital a réalisé en fait le stade de transition et dans une certaine mesure le socialisme inférieur

Pour effectuer cette tâche il faut évidemment faire référence à l’oeuvre de K

en développant l'analyse contenue dans les Grundrisse et dans le Livre III du Capital

Bordiga put de même asseoir de façon encore plus solide son antimercantilisme plusieurs fois affirmé dans les périodes antérieures,

par exemple à la réunion de Naples de 1952 : Caractères non mercantiles de la société socialiste où il fit un commentaire,

qu'il devait plusieurs fois renouveler,

du chapitre sur le caractère fétiche de la marchandise

Cette caractérisation se répète comme un leit-motiv dans la question agraire,

ensemble de « fili » parus sur ce sujet fin 1953,

début 1954 «il programma comunista »

De même en 1963: « Avec la science,

l'homme exploiterait donc la nature

! Le rapport rationnel entre l'homme et la nature naîtra à partir du moment où l'on ne fera plus ces comptes et ces calculs de projets en monnaie,

mais en grandeurs physiques et humaines

« On peut parler d'exploitation quand un groupe d'hommes en exploite un autre

Avec les constructions grandioses du monde mercantile,

les exploités sont rendus solidaires de l'entreprise exploiteuse

Longarone,

des masses de gens avaient été employées,

et il avait plu des masses d'or

L'ingénieur avait-il à répondre d'avoir fait pleuvoir de l'or

? Ι1 est vrai qu'une partie du personnel s'est mis en grève devant l'évidence du danger d'éboulement,

mais c'est aussi un enseignement amer que celui de l'ouvrier qui s'est violemment rebellé lorsqu'un géomètre a voulu l'éloigner,

sa claudication l'empêchant de s'enfuir en cas de danger

Quand la paye est élevée,

le risque de mort d'homme est l'air normal que respire la société de l'argent et du salaire

« Toute la vallée a couru le risque et elle est morte

» (La légende du Piave

Ici il faut aussi noter qu'il ne suffit pas de dire que l'homme dominera la nature quand « les sinistres forces sociales qui nous mettent en esclavage plus que ne le font les millions de mètres cubes de pierres tombales » auront été abattues,

mais que l’homme pourra se réconcilier avec la nature comme l'affirmait K

Marx en 1844

La volonté de domination,

expression même du despotisme du capital n'a conduit qu'à la destruction de la nature et à la manipulation de la nature humaine

comme le soutenait justement Adorno

à l'heure actuelle,

parler de mercantilisme apparaît comme une concession au passé

On peut rétorquer que Bordiga le considère en tant que fondement du capital et non de façon autonome

C'est vrai mais dans ce cas cette condamnation souffre d'opérer uniquement dans la négativité : définition du communisme comme société non mercantile

En revanche,

lorsqu'il commente les notes de K

Marx à l'ouvrage de J

Bordiga dépasse cette négativité et se hausse àc la vision de la totalité

Le communisme ne connaît ni échange ni don (ajoutons-nous) car celui-ci n'est qu'un échange différé οu tout au plus un moment initial de celui-ci

Bordiga dénonce à nouveau la production pour la production,

le slogan selon lequel le socialisme se caractérise de façon immédiate par l'accroissement des forces productives

celui de la croissance indéfinie du PNB (qui a pour conséquence le pire esclavage des hommes)

définissant en antithèse le communisme comme le mode de production dans lequel «le but de la société n'est pas la production mais l'homme »

Cela le conduisait inévitablement à reprendre sa thèse que pour consommation

corrélativement se fait jour l'urgence de régénérer l'espèce

La condamnation de la société du capital réclamait l'étude des modes de production antérieurs

à la suite de Marx,

de leur supériorité sur la nôtre,

imposait une nouvelle approche du communisme primitif défini comme communisme naturel en quelque sorte mythe et poésie sociale

Avec ces travaux,

on abandonnait le cadre étroit où l'on s'était jusqu' alors mû à la suite d'Engels à cause de son ouvrage sur L'origine de la famille,

cadre où les sociétés africaines ou asiatiques ne pouvaient prendre place qu'aux prix de distorsions éhontées de la réalité

La faute ne peut pas être imputée en totalité t ιι Engels qui avait tout de même précisé dans son livre : « Nous renoncerons faute de

place à entrer dans le détail des institutions gentilices qui,

persistent sous une forme plus ο u moins pure chez les peuples sauvages et barbares les plus différents,

ο u à chercher leurs traces dans l'histoire ancienne des peuples civilisés d'Asie »

Sociales

Simultanément en situant le dépouillement subi par l'homme au cours du développement des sociétés de classe,

Bordiga lut amené à reconsidérer le rapport de la science moderne à celle ancienne et aux autres formes de la connaissance humaine,

L'intérêt qu'il portait aux mythes fut encore renforcé

Ceux-ci ne furent pas envisagés dans une optique réductionnelle d'un matérialisme historique stupide,

mais en tant que puissantes expressions des désirs des hommes de recomposer leur communauté et d'aller au-delà des limites que leur imposaient les sociétés de classe à leur surgissement

quant à ceux surgis au sein de sociétés non classistes ils témoignaient d'une haute conception du rapport de l'homme à la nature

On peut prendre comme exemple le mythe de l'immortalité

Avec l'avènement des classes l'homme est réduit à un individu,

à une parcelle isolée,

et subit en totalité le poids de cet isolement-solitude

la mort apparaît comme réalisation parfaite de cette solitude séparation

il faut la combattre par la certitude d'un au-delà où la communauté est recréée,

mirage qui lui permet de maintenir sa continuité

Pour l'homme de da société future,

l'immortalité n'est plus située dans un au-delà de la mort,

mais au sein de la vie de l'espèce dont l'individu n'est plus séparé puisque l'homme social est en même temps Gemeinwesen

L'antidémocratisme se renforce au contact de l'analyse des œuvres de jeunesse,

mais malheureusement une étude exhaustive du phénomène démocratique ne fut pas accomplie et,

le communisme en tant que négation de la démocratie fut plutôt affirmé que démontré

L'invariance est-elle aussi redéfinie comme la permanence de la solution des énigmes opérée par K

Marx en 1844

et l'affirmation selon laquelle le parti doit être l'anticipation de la société future est reprise avec force

Mais ce sur quoi nous voulons insister,

c'est sur la question de l’antiindividualisme,

anti-personnalisme qui prend une proportion immense formant pivot de toute la conception du communisme et support de l'attitude vis-à-vis des périodes antérieures

Bordiga démontre que l'individu personne d'exception n'a aucun pouvoir déterminant

Il faut appréhender l'histoire de l'humanité non comme de produit de l’oeuvre d'individus géniaux mais comme celle de millions d'hommes ayant opéré obscurément durant des millénaires

des êtres doués de facultés peu communes peuvent reconnaître en eux le devenir immense de ces millions de forces qui se cristallisent en eux à un moment donné,

et peuvent ainsi se rendre compte du peu qu'ils ajoutent en fait à l’œuvre en acte depuis le surgissement de l'espèce

Cet anti-individualisme,

est affirmation de l'homme espèce,

d'une espèce en devenir non d'une simple somme d'individus mais la «syngaméïon » dont il parle dans: Facteurs de race et de nations dans la théorie marxiste 1953

Il est élaboré à partir d'une perception de l'importance décisive indéniable de l'action des masses au cours des révolutions,

de l'immense joule des prolétaires

Par lui se réaffirmait l'existence de ces millions d'êtres qui avaient opéré οu qui opéraient dans

la direction de la révolution

Ι1 ne s'enflait pas de leur oeuvre mais témoignait de la leur,

au moment où la contre-révolution effaçait,

et tendait à le faire pour toujours,

En ce sens encore il était prophète

Bordiga avait raison,

des diverses molécules humaines qui dans:

« un milieu historique non ionisé (

) ne sont pas orientées en deux alignements antagonistes

Dans ces périodes mortes et répugnantes,

la molécule personne peut se disposer dans une orientation quelconque

Le « champ » historique est nul et tout le monde s'en fiche

C'est dans ces moments que la froide et inerte molécule,

non parcourue par un courant impérieux ni fixée à un axe indéfectible,

se recouvre d'une espèce de croûte qu'on appelle conscience,

se met à jacasser en affirmant qu'elle ira où elle voudra,

et élève son incommensurable nullité et stupidité à la hauteur de moteur,

» Mais qu'il y ait ionisation,

alors : « L'individu-molécule-homme se retrouve dans son alignement et vole le long de sa ligne de force,

en oubliant finalement cette pathologique idiotie que des siècles d'égarement ont célébrée sous le nom de libe-arbitre

! (Struture économique et sociale de la Russie d'aujourd' hui

Editoriale Contra

234-325

Ceci est la meilleure preuve que c'est le capital qui réduit les hommes à l'état de molécules,

remplis de sa propre substance

Ι1 a pris aux hommes leur activité et leur

donne en échange salaire et idéologie

Plus les hommes sont dépouillés plus le capital est fort

D'autre part,

celui-ci renie la théorie individualistelibérale et le tort de Bordiga est de,

ne pas en tenir compte : le fascisme fut négation des individus avec exaltation de quelques chefs nécessaires,

sorte d'équivalents généraux spectaculaires pour les hommes esclaves du capital qu'ils doivent diriger

De ce fait il est impossible de simplement théoriser une négation de l'individu parce qu'elle est un possible de la formation d'une idéologie totalitaire servant au maintien du despotisme du capital

elle sanctifie en quelque sorte la perte d'énergie de tous les individus qui devraient se soulever contre le capital

La révolution communiste,

poussera à bout la négation de l'individu indiquée plus haut,

de la personne comme étant soi-disant déterminante dans les processus historiques,

mais ce ne sera pas pour mettre à la place l'homme collectif qui existe déjà sous forme de l'ouvrier collectif,

autre modalité d'existence du capital,

tout en étant base pour le communisme

Si on nie les hommes au travers des individus,

puisque même dans le parti ces hommes-individus demeurent des nullités

? l'entité parti opérateur-alchimiste capable de transformer une somme de zéros en un architecte de la révolution

Le danger (

) Bordiga c'est qu'il maintient sa thèse de la négation de

l'individu jusque dans le communisme

en niant finalement l'homme en tant qu'unité le communisme apparaît dès lors uniquement comme le triomphe de l'espèce

« Dans cette construction grandiose l'individualisme économique est éliminé et apparaît l'homme social dont les limites sont les mêmes que

celles de la société humaine,

Bordiga interprète donc l'homme social de K

Marx comme étant l'espèce

Une preuve supplémentaire de cette identification réside dans le fait que plus loin,

pour spécifier qu'il s'occupe maintenant de l'élément unitaire humain,

Ceci appelle deux remarques

L'individualisme est une th?

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